La Somme

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La bataille de la Somme fut certainement une des mieux planifiées de la Première Guerre mondiale, sur papier tout au moins. Malgré qu'il y avait à la fois des raisons politiques et militaires pour mener une opération combinée franco-anglaise de grande envergure, ces raisons échappaient aux soldats sur le terrain. Ce que les simples soldats britanniques ignoraient, c'est que l'armée française avait subie des pertes terribles à Verdun, et elle était rébarbative à appuyer promptement leurs attaques à venir sur la Somme. Durant cette bataille, 150,000 hommes furent tués dans les nombreux pilonnages d'artillerie et dans la "cha-cha" incessante d'attaques et de contre-attaques. Au nombre des tués, il faut ajouter le double de ce chiffre en blessés et estropiés. Tout comme dans l'armée française, les généraux britanniques furent à la fois témoins de la lutte quotidienne de leurs hommes pour survivre dans des conditions infernales, et de la remise en question de l'attitude du soldat vis-à-vis l'autorité militaire. Avant même le début de la bataille de Verdun, les Alliés avaient toujours rêvé de déstabiliser les Allemands en lançant une offensive généralisée sur trois fronts: occidental, oriental et italien qui serait lancée le 1er Juillet 1916. Cependant, la conjoncture militaire en décida autre ment. Les Russes éprouvaient des difficultés à mener des opérations en hiver. Les Italiens ne pouvaient envisager une offensive d'envergure avant la fin de l'été. Les Serbes croient que s'ils attaquent, ils ne seront pas soutenus par la logistique alliée. Mais ce fut l'offensive allemande sur Verdun et les vies françaises consommées qui poussèrent le gouvernement français à demander aux Britanniques de lancer une attaque allemande dans le secteur de la Somme. L'idée d'une offensive générale alliée se mua à celle d'une diversion: détourner les renforts allemands du secteur de Verdun. Le secteur de la Somme paraissait tout indiqué.
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Le secteur
Le front de la Somme a une longueur de 36 milles du nord au sud entre le village de Beaumont-Hamel et celui de Chaulnes. C'est un secteur qualifié de "calme" par les belligérants, mais il est tenu par deux réseaux concurrents de tranchées des belligérants. Du côté allemand, la tranquilité du secteur leur a permis de creuser un réseau de tranchées à la fois épaisses et bien aménagées, bref, les meilleures du front occidental. Le sol dur et crayeux se creusait facilement et de nombreuses galeries renforcées furent aménagées, de même que des abris situés à 10 mètres de profondeur. En surface, ils y avait de nombreux nids fortifiés de mitrailleuses précédés d'un hallucinant réseau de fils barbelés. Les éléments britanniques qui sont sur le secteur de la Somme estiment beaucoup leur nouveau grand patron, le général Douglas Haig. Ils comprennent 20 divisions groupées pour la plupart dans la 4ème Armée du général Henry Rawlinson. La plupart des soldats qui composent ces divisions sont des recrues qui n'ont jamais fait le coup de feu contre des soldats ennemis. Pour mieux les encadrer, elles sont encadrées par des éléments résiduels de soldats expérimen tés provenant d'unités décimées: ce seront les bataillons de "Pals" ou de "Chums", présents en France depuis le début de 1915. Plus sérieux encore, la majorité des artilleurs était aussi inexpérimentée que l'infanterie. Pour la campagne de la Somme, les Britanniques disposent de 1000 pièces d'artillerie.

Plan et objectif
Le plan de Haig pour mener la campagne de la Somme était simple. Il ne voulait pas briser l'adversaire en l'usant sur une parcelle de front, mais forcer l'ensemble de la ligne du secteur grâce à une préparation d'artillerie qui durerait une semaine. Après cette préparation, Haig attaquerait avec 13 divisions britanniques et 3 divisions françaises transférées de Verdun. Il espère faire passer ses divisions dans le no man's land en marchant sur des cadavres, sécuriser les tranchées ennemies, et se positionner sur le territoire adjacent. Haig est si sûr de son plan qu'il ne prévoit même pas faire déployer ses attaquants en tirailleurs. Haig croit qu'il pourra prodécer à un mouvement d'enveloppement pour encercler des unités allemandes. La tactique qu'il ordonne à Rawlinson est de progresser en formations linéaires latérales, l'unes derrière l'autre, et de ramasser les prisonniers hébétés par la cannonade britannique. Haig et Rawlinson voulaient casser le secteur de la somme en deux tronçons en s'emparant de la vallée de l'Ancre – un territoire allant vers le Sud-Est entre Thiepval, Pozières, puis de Longueval à Guillemont. Si la 4ème Armée peut occuper ces positions, la zone de combat allemande sera coupée en deux tronçons incapables de s'appuyer mutuellement en cas d'attaque.
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Bivouac australien sur la Somme – Bailonnettes au canon...
Bien que Haig et Rawlinson s'entendent quant aux tactiques, il divergent sur la profondeur à percer pour atteindre leur objectif: Rawlinson, qui a fait le plan initial, ne désire réaliser qu'une attaque limitée avec des moyens puissants. Haig, lui, va incorporer les idées de Rawlinson afin de transformer son attaque en une offensive générale.
Haig: veut effectuer une poussée initialede 7 milles, au-delà de Bapaume, puis de bousculer fatalement les Allemands jusqu'à la Manche
Rawlinson: une poussée en escaliers: gober les tranchées et faire des petits gains successifs pour infliger un revers localisé et sérieux aux Allemands.
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Haig – Rawlinson – L'efficacité de l'obus percutant
Les deux généraux s'étaient concertés dans l'ignorance réelle de la solidité des réseaux de tranchées allemandes, et surtout de leurs abris souterrains à 10 mètres sous terre. Ils allèrent se tromper tragiquement sur l'efficacité anticipée de leur préparation d'artillerie.
Ces deux généraux étaient trop optimistes pour se laisser distraire par quelques faits troublants: La densité du réseau de barbelés difficiles à détruire; le défi difficile pour les artilleurs inexpérimentés de faire un tir précis à quelques dizainnes de mètres à l'avant des fantassins; et la quasi-absence de téléphones de campagne pour régler les tirs. Bien que le stock d'obus soit suffisant pour une préparation de longue durée, environ 80% de l'inventaire britannique est composé de projectiles fusants – effiaces contre les troupes et les chevaux – mais innefficaces contre les réseaux de barbelés, les pillboxes et les ouvrages enterrés (clip ci-haut). Qui plus est, un obus sur quatre n'éclatera pas à cause de percuteurs défectueux lors de l'assemblage en usine. Cela vien du fait que la grande majorité des travailleurs d'usine sont des ouvriers novices alors que ceux qui sont expérimentés se sont déjà enrôlés. Haig et Rawlinson iront même jusqu'à minimiser les renseignements des éclaireurs de l'avant qui attestent de la solidité des défenses ennemies. Ils vont apprendre à leurs dépends que de l'infanterie envoyée à l'avant sans autre protection que leurs uniformes sera une cible de choix pour des défenseurs protégés dans des tranchées et munis de mortiers et de mitrailleuses, et cela, peu importe le lieu d'une telle bataille. Les Allemands ont au moins eu le bon sens de tirer des leçons des premiers combats de tranchées sur l'Aisne et dans les Flandres: lorsqu'un pilonnage d'artillerie est anticipé, la grande majorité des soldats évacuent les réseaux de tranchées pour se mettre hors de portée des salves meurtrières. Lorsque le pilonnage cesse, les Allemands savent qu'un assaut d'infaterie est imminent et ils n'auront qu'à retourner occuper leurs tranchées pour les défendre. Dans des secteurs pilonnés par les tirs de barrage alliés, les fantassins britanniques étaient si sûrs d'eux-mêmes qu'ils lancent leur assaut initial en rang serrés, bailonnette au canon, convaincus qu'ils n'auraient qu'à tomber sur des blessés ennemis hébétés. La leçon sera amère (ci-bas à droite).
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L'artillerie lourde britannique se prépare – Assaut imprudent vers une tranchée allemande
Le 1er Juillet
Dès le 25 Juin, le pilonnage d'artillerie britannique laboure la zone de combat; des tranchées sont malmenées; des Allemands sont tués, mais la grande partie des défenseurs se sont à la fois repliés à l'arrière de la zone pilonée et/ou terrés dans les abris souterrains. Lorsque le pilonnage s'arrêta le 1er Juillet, ils revienne réooccuper ce qui reste de leurs positions. Haig est tellement sûr que le pilonnage a pulvérisé les Allemands qu'il ordonne à ses fantassins de mettre les bailonnettes au canon et de marcher pas trop vite en rangs serrés vers les tranchées ennemies: vous pourrez même fumer la pipe si vous le désirez, leur dit un officier... Il est convaincu que le pilonnage d'artillerie a anéanti toute trace de vie dans les positions allemandes. Lorsque quelques redoutes ennemies sautent avec fracas, les soldats britanniques de la 4ème Armée sortirent de leurs tranchées de départ. Ils s'enfargent dans les paquets de barbelés, et furent abattus par rangées entières par les mitrailleurs allemands. Environ 50,000 soldats britanniques furent fauchés, dont 20,000 tués. Les pertes allemandes entre le 25 Juin et le 1er Juillet totalisèrent 6000 tués. Mais, un cinquième de la force d'attaque britannique fut mise hors de combat.
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Over the top – Des blessés britanniques par dizaines de milliers
Le feu des mitrailleuses allemandes est si intense qu'il toucha des soldats planqués à l'arrière du no man's land. L'artillerie britannique ne fut d'aucun secours car elle ne pouvait tirer sans faucher ses propres hommes. Les tirs de mitrailleuses Maxim MG-08 furent très nourris, notamment à Beaumont Hamel et Thiepval ou Allemands et Britanniques n'étaient séparés que de quelques centaines de mètres. Les Allemands n'ont qu'à approvisionner leurs mitraileurs, et les soldats alliés tombent comme des mouches. Cette attaque générale n'aboutit à rien sur le plan tactique. Les défenseurs allemands, secoués par les tirs, furent stupéfaits du carnage qu'ils ont faits sur leurs ennemis. Falkenhayn, outré par la perte d'une parcelle de sa zone de combat dans la Somme, relève le chef d'État-major de la 2ème Armée et le remplace par son propre officier des opérations, le colonel Von Lossberg. Ce dernier est un partisan du concept de la "défense en profondeur" axée non pas exclusivement sur un réseau de tranchées, mais sur les innombrables trous d'obus britanniques. La zone frontale n'aura que peu de défenseurs pour minimiser les pertes; mais une zone investie sera vite frappée par une petite contre-attaque rapide qui se retirera après qu'elle aura rétablie la situation, pour éviter de se faire taper par l'artillerie britannique. Pour nuire aux élans des Britanniques, Lossberg prévoit l'utilisation occasionnelle d'obus à gaz toxiques. Aux États-Unis, le public américain qui regarde les actualités cinématographiques est sidéré par la vue d'images (comme celles ci-haut à gauche) des soldats britanniques quittant leurs tranchées pour se faire massacrer en quelques heures. Le quotidien Chicago Herald Tribune est horrifié du bilan de l'attaque du 1er Juillet. Pour ses éditeurs, cette tuerie résume à elle-seule ce qu'est devenue l'Europe en guerre: a bankrupted slaughterhouse inhabitated by unmated women. A land of death and despair... Les images de la Somme encouragent l'isolationnisme car, aux yeux de l'Américain moyen, elles demeurent la meilleure raison de ne pas s'impliquer dans une guerre avec les puissances de l'Entente.
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De la boue et encore de la boue...
Devant une telle tactique allemande, Haig et Rawlinson ne pourront plus exploiter aucune percée, si menue soit-elle. Il faut attendre le 14 Juillet pour que les Français réussisent une percée imporante dans leur secteur assigné: Leur progression a été assez bonne mais les Poilus sont contenus par les Allemands. La bataille de la Somme va se muer en une guerre d'usure, tout comme à Verdun. Lorsque les Allemands auront consolidé leur nouvelle politique défensive, ils briseront aussi bien les atta ques britanniques que celles des Français sous Foch. Ce sera les duels d'artillerie, les coups de main nocturnes, et le travail de sape. Les pertes augmentent de part et d'autre car l'artillerie des belligérants peut frapper n'importe quel point du secteur de la Somme. Les assauts français dans leur secteur de la Somme sont réussis à cause de la bonne coopération existant entre l'artillerie et une infanterie plus expérimenté. Ils s'emparent du bois de Maricourt et encerclent le village de Curlu en lui envoyant seulement quelques obus pour franchir la première ligne ennemie. Un colonel britannique écrit la remarque suivante dans son carnet: Les pertes énormes que nous avons subi le 1er Juillet nous montrent que nous ne savons pas ce que nous faisons en matière d'artillerie. Les Français ont fait un pilonnage intensif mais bref des positions ennemies qui leur a permis d'envoyer leur infanterie capturer des réseaux ennemis presque intacts. Les Poilus marchaient sur un terrain presque libre d'obstacles alors que nos soldats devaient enjamber des barbelés et le sol troué par des obus percutants de gros calibre qui ont labouré le no-man's land durant une semaine avant d'attaquer.
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Initiatives britanniques
Malgré ses craintes d'attaquer la nuit, Haig fut convaincu par ses subordonnés d'organiser quelques raids nocturnes pour essayer de déséquilibrer l'adversaire. À la mi-Juillet, ce furent des petits coups de mains réussis contres certaines tranchées et redoutes. Début Août, quatre divisions britanniques prirent la crête de Bazentin, le Bois de Mametz et le village de Contalmaison. Mais les gains ne représentaient que quelques kilomètres. Mais encore une fois, la ténacité défensive allemande conjura la menace et les combats statiques recommencèrent. Le 1er Août 1916, les Franco-Anglais avaient perdu plus de 200,000 hommes et les Allemands 160,000, soit une affaire aussi coûteuse que Verdun. La ligne de front n'a à peu près pas changée depuis Juillet.
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Première utilisation du char d'assaut sur la Somme
Quelques uns de ces véhicules prirent part à une attaque et percèrent la ligne de front entre les villages de Flyers et Courcelette. Ces premiers tanks, bien que peu fiables mécaniquement, firent une terrible impression sur les Allemands. Ils progressèrent de 2 milles, et servaient d'écran de protection à de l'infanterie. Ils franchirent aisément les barbelés et les tranchées. PLusieurs d'entre eux ont tombé en panne de moteur et ceux qui ont poursuivi leur route n'étaient pas assez protégés pour dévier les obus des petits canons de 77mm: quelques-uns furent ainsi détruits. Les Britanniques se consolidèrent dans les trous d'obus du secteur conquis, et l'usure recommença. Néanmoins, le potentiel de ce véhicule primitif impressionna les combattants des deux camps.
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La triste réalité – Prisonniers allemands
Les mois d'Octobre et Novembre ne virent aucun développement sur le front de la Somme. Il y eut bien quelques attaques localisées, comme à Thiepval et Transloy, mais les pluies automnales ralentirent les opérations et rendirent la vie impossible dans les tranchées britanniques. Beaucoup de soldats furent englués et même noyés dans cette boue. Le 19 Novembre, les ef forts offensifs des Alliés furent abandonnés. Le gain moyen réalisé depuis Juillet aux dépends de la zone de combat allemande ne fut que de 7 milles au maximum. En Décembre, le bodycount totalisa 118,000 tués chez les Allemands, et 194,451 chez les Alliés dont 87,000 chez les Britanniques, un taux supérieur à celui de Verdun. Durant la bataille de la somme, il y a eu plusieurs épisodes séparés qui doivent être examinés comme tels.
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Beaumont Hammel
Beaumont-Hamel est situé près de l'extrimité nord du front de 45 kilomètres auquel les Français et les Britanniques veulent attaquer. Le village du même nom est localisé sur une crête et entourée de trois redoutes bétonnées tenue par les Allemands. La mission ingrate de s'emparer de cette position revint au général Hunter-Weston. Ç'était la tâche la plus difficile à accomplir, surtout le premier jour de l'offensive. Bien que malmené par le pilonnage d'artillerie britannique, Beaumont-Hamel avait conservé son caractère de village fortifié. Hunter-Weston devait faciliter la job de la 4ème Armée en forcant les Allemands à se replier vers le village de Serre. Pour réussir son coup, il devait simuler une double tenaille d'encerclement de la crête, et une fois les Allemands repliés, pénétrer de force dans le village et neutraliser les redoutes. D'abord annoncée pour le 29 juin 1916, après un bombardement d'artillerie sans précédent de cinq jours, l'attaque a été reportée de deux jours, soit au 1er Juillet 1916, d'une part à cause du mauvais temps et d'autre part pour mieux préparer l'artillerie.
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A l'abri durant des tirs ennemis – Britanniques tués devant les barbelés allemands
A Beaumont-Hamel, la 29ème Division britannique, avec ses trois brigades d'infanterie, (les 86e, la 87e et la 88e), était aux prises avec des défenses particulièrement redoutables, tenues de pied ferme par les troupes expérimentées du 119ème Régiment d'infanterie de la 26e Division de Wurttemberg, qui composaient cette partie de la ligne depuis près de 20 mois. Les Brits s'attendaient néanmoins, avec une certaine assurance, à ce que le bombardement d'artillerie entame considérablement les défenses et le moral des Allemands. En réalité, bien que les tranchées aient subi des ravages considérables, en de nombreux endroits, le fil barbelé était demeuré relativement intact. Plus particulièrement, les défenseurs, à couvert dans de profonds abris, étaient en grande partie indemnes. Les tranchées de départ des Britanniques n'étaient éloignées que de 500 mètres au maximum des positions allemandes dont les tranchées étaient mieux conçues et ayant une forte puissance d'arrêt. Les Britanniques ne pouvaient les apercevoir à cause de la densité du réseau de barbelé – même soufflé en galettes piquantes par le pilonnage britannique. Les sapeurs britanniques creusèrent un tunnel de sape pour neutraliser la redoute la plus importante, celle appellée Hawtorne (ci-bas à gauche). Le tonnerre de l'explosion fut le signal de l'assaut sur Beaumont Hamel. Le butétait de détruire une importante place forte ennemie, de saisir la bordure du cratère et de dominer les tranchées ennemies. Toutefois, la riposte allemande a été tellement vive que les troupes du 2e Régiment de fusiliers de la 86e Brigade, désignées pour prendre le cratère, ont été contraintes de défendre leur vie, incapables d'assurer le soutien prévu.
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L'explosion de la mine – A l'assaut
Malheureusement pour les Brits, la mise à feu de la mine a averti les Allemands de l'imminence proba ble de l'attaque, de sorte que les troupes du 119th (Reserve) Infantry Regiment, sor tant de leurs abris, se sont déployées dans la ligne de feu, à peine gênées par le barrage au shrapnel de l'artillerie de campagne. Dès que les bataillons avancent pour donner l'assaut, et qui sont à peine engagés en terrain neutre, subissent les tirs d'armes légères bien ciblés des carabiniers et des mitrailleurs. La prédiction de Hunter-Weston ne s'était pas réalisée: les Allemands ne se sont pas repliés et tiennent les lieux malgré leurs pertes sévères. Le feu allemand était si intense qu'il était difficile pour les servants de mitrailleuses britanniques de se pointer le nez au-dessus de leurs tranchées pour se servir eux-aussi de leurs mitrailleuses.
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La carte de cette bataille – Beaumont-Hamel aujourd'hui
L'artillerie allemande, ayant relativement échappé au contre-feu en batterie des Britanniques, a dirigé un barrage intensif vers les troupes qui avançaient ainsi que vers les lignes et les communications britanniques. Conjuguée à la dévastation en terrain neutre, cette attaque a eu pour effet de frapper les bataillons suivants, de créer des ravages dans les tranchées et de quasi paralyser les déplacements dans les tranchées des communications. Pour les bataillons pris dans le No Man's Land lorsqu'ils avançaient vers leurs positions prévues pour donner l'assaut, la situation s'est aggravéeà 7 h 30 lorsque le barrage au shrapnel a soulevé 100 verges de la ligne allemande pour continuer à soulever 100 verges aux deux minutes vers les deuxième et troisième lignes allemandes. Sauf pour le flanc droit, que des éléments du 1er Inniskillings ont réussi à pénétrer de la 1re à la 3e lignes allemandes, l'assaut initial s'est encore effondré au fil allemand ou à proximité.
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Pilonnage par des obusiers de 203mm – Ligne pilonnée par les Britanniques
Terreneuviens sacrifiés
Parmi les éléments décimés, il y avait le 1st Newfoundland Regiment qui perdit 710 tués le 1er Juillet dans le ravin Y qui flanquait la grosse redoute démolie à la mine. On leur avait donné l'ordre d'avancer en rangées, les soldats obéirent. Ils furent rejoints dans la mort par ceux du Essex Regiment, arrosés de mortiers lourds de 160mm et de mitrailleuses. Une de leurs compagnies s'écroula en tas dans les tranchées défensives allemandes… Les Britanniques durent tenir chaque parcelle de terrain conquis. A la mi-Août 1916, ils disposent d'excellents obusiers de 8" (203mm) fabriqués aux Etats-Unis et ils les jumelèrent à leurs canons de 4.7" pour pulvériser les autres redoutes récalcitrantes ainsi que ce qui restait du village de Beaumont Hamel. Après juillet 1916, le front de Beaumont-Hamel est demeuré relativement calme tandis que les grandes batailles de la Somme faisaient rage au sud. Puis, lors du dernier épisode des batailles de la Somme, le 13 Novembre 1916, alors que s'amorçait la bataille de l'Ancre, Beaumont-Hamel a subi l'assaut de la 51st Highland Division. En moins d'une journée, tous les objectifs du 1er juillet de la 29e Division avaient été pris ainsi qu'un très grand nombre de prisonniers allemands, puis les combats se sont déplacés vers l'est sur la crête de Beaucourt. Cet objectif ne sera pris qu'à la fin de Novembre 1916.
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Les ruines du village de Beaumont-Hamel – L'attaque suicidaire des Terreneuviens
Le secteur du lieu commémoratif est alors devenu une zone arrière où les troupes logeaient dans les anciens abris allemands et où un camp a été établi à proximité du cimetière du ravin en Y (qui a également été ouvert au cours de la même période). En mars 1917, lors de la retraite des Allemands vers la ligne Hindenburg (ou Siegfried),à environ trente kilomètres de Beaumont-Hamel, les équipes chargées de récupérer le matériel sur le champ de bataille sont arrivées, de nombreux abris ont été condamnés et les premiers efforts ont probablement été faits pour remettre une partie des terres à leur état agricole initial. Toutefois, en mars 1918, l'offensive allemande Kaiserschlacht a été stoppée ici sur les mêmes lignes de bataille u'auparavant. Jusqu'à la bataille d'Amiens et à la retraite allemande vers la fin d'août 1918, les protagonistes se sont affrontés sur le même terrain, bien que les seules interventions se soient résumées à la conduite courante d'opérations militaires de première ligne - des raids, des patrouilles et des manoeuvres d'intimidation de l'artillerie.
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Throne Woods
Après les ouvrages en béton et les collines fortifiées, ce sont les petits boisés dans lesquels des défenses sont improvisées. De ce fait, Throne Woods était une série de boquetaux reliés par un réseau de tranchées et tenu par les Allemands. Le 25 Juin 1916, il fut lui-aussi l'objet d'un pilonnage serré par l'artillerie britannique. Ils brûlèrent tous, et beaucoup d'Allemands furent tués lorsque s'abbatit sur eux l'énorme quantité de "heavy metal". Le 2 Juillet, le secteur de ces boqueteaux fut réoccupé par les défenseurs allemands, et ils repoussèrent neuf attaques britanniques, et ils leur causèrent plusieurs milliers de victimes. Cependant, les Britanniques prirent les premiers réseaux de tranchées frontaux et s'y consolidèrent, non sans avoir gouté aux tirs des canons allemands. A partir d'Août, ils firent plusieurs petits sauts de puce réussis, et progressèrent de 2.6 milles dans le système défensif de leurs ennemis. De nombreux pillboxes et autres nids de mitrailleuses furent détruits. A partir de la Mi-Août, les avances britanniques - quoique modestes - furent ralenties par la vivacité de la défense allemandes à partir de débris de tranchées et de milliers de trous d'obus
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Une rampe de Minenwerfer allemands – Une boue qui paralyse tout
De surcroit, la distance entre les belligérants terrés dans les tranchées et tous diminuait, et chaque camp hésitait à employer leurs canons pour protéger leurs soldats, car les dangers de tirs sur des éléments amis augmentaient. Les Allemands et les Britanniques utilisèrent leurs petits mortiers de tranchée - les Stokes et Minenwerfer - pour se disputer le terrain et ce qui restait des boqueteaux occupés. En Septembre, un autre précieux mille fut conquis aux Allemands, mais là comme ailleurs, le front se stabilisa dans une succession de combats statiques ou les raids nocturnes contre les tranchées/trous ennemis furent nombreux. Finalement, comme ailleurs dans la Somme, la pluie et la boue automnale accentua la misère les belligérants, tout en réduisant l'efficacité mortelle des tirs de mortiers eux-aussi englués dans toute cette boue (ci-haut à droite). Dans chaque camp, les morts et les blessés ne se comptent plus.
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Mitrailleur allemand tué dans sa tranchée – Toujours des blessés
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Thiepval
Au début de 1916, la colline de Thiepval était, tout comme Beaumont-Hamel, le pilier de la défense allemande sur la partie nord du secteur britannique durant la bataille de la Somme. Le village de Thiepval est situé à l'extrémité nord-est de la vallée de l'Ancre, flanqué par les villages de Pozières à l'Est et de St-Pierre Divion au Nord. Il constituait un point fortifié derrière la première ligne allemande dans ce secteur de la Somme. Il devait servir à contenir une attaque ennemie qui serait par la suite cassée grâce à de l'artillerie lourde. Le village était non seulement fortifié, mais il était ceinturé d'échelons de défenses en profondeur comprenant des tranchées et des boyaux de communications reliés à un chapelet de redoutes bien armées et qui pouvait effectuer – en cas de percée britannique – un feu croisé sur des assaillants. Les marécages rendaient difficile l'attaque des fantassins. En attaquant Thiepval, les Britanniques savaient qu'ils feraient face au maillon le plus fort de la défense allemande. A la mi-Mai 1916, ils purent se déployer sous des tirs épisodiques via le boisé de Thiepval jusqu'à 500 mètres du dispositif de défense allemand pour y creuser leurs tranchées de départ. Des obusiers Vickers de 6" et Mark V de 8" furent déployés en prévision d'un assaut frontal. Comme prévu, ces batteries britanniques labourèrent le terrain durant une semaine, transformant le village et les lignes allemandes en un tas de ruines anonymes. Mais c'est lors de l'assaut du 1er Juillet que les choses allèrent se gâter pour l'infanterie britannique. Les combats pour Thiepval vont durer jusqu'à la fin de Septembre 1916. Lorsques les bataillons quittèrent le boisé de Thiepval pour franchir le no man's land, ils furent pris dans un feu de mortiers lourds de 160mm et surtout de mitrailleuses Maxim. Les Britanniques furent pris dans une sorte de cuvette où ils étaient exposés à des dizainnes de mitrailleuses allemandes qui tiraient bandes après bandes durant des heures, sans arrêt. Comme les pertes d'officiers augmentaient, des compagnies et bataillons se retrouvaient commandés par des lieutenants et des sergents. Cris et sang. Peu d'explosions mais des tirs automatiques incessants. Les mitrailleurs allemands bien abrités n'ont qu'à passer leurs bandes de cartouches et tirer sans arrêt. Morts et blessés s'accumulaient par milliers. Un cauchemar.
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Une vue du village de la redoute allemande – Artilleurs britanniques près du boisé d'Aveluy
Malgré ce déluge de feu d'armes automatiques, deux compagnies du 16th Northurmberland Fusiliers franchirent les 110 mètres qui les séparaient du village de Thiepval et l'atteignirent en ne perdant que quelques hommes. À l'intérieur des ruines de ce village, elles furent prises en feu croisé par quatre mitrailleuses. Sur les 460 Britanniques surpris par ce feu, 11 survécurent. Le 6 Juillet, les tranchées allemandes à l'opposé du no man's land furent prises, mais les Britanniques eurent de nouveaux ennuis: un feu modéré d'artillerie et d'armes automatiques dirigé de la redoute des Souabes, située sur la deuxième ligne de défense allemande. Bien que les Britanniques se sortirent massivement du no man's land, ils ne pouvaient se déployer convenablement à cause du feu ennemi dirigé de cette redoute. La 36ème Division irlandaise a été la seule unité britannique à avoir atteint ses objectifs initiaux en ce 1er Juillet sanglant. Cependant, elle est ciblée accidentellement par les artilleurs brits ainsi que par les défenseurs allemands de la redoute des Souabes. L'unité est mise hors de combat et elle a été retirée du front le lendemain, laissant 5500 tués sur le terrain.
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Le 8 Juillet, Une attaque britannique fut lancée du village de St-Pierre Divion par le régiment 11ème Irish Rifles. Les Allemands furent tenaillés autour de la redoute; l'attaque britannique étant guidée par des biplans d'observation qui lâchaient des contenants fumigènes pour marquer le repli allemand. L'action combinée de trois régiments britanniques autour de la redoute des Souabes forca sa reddition, de même que celle de deux compagnies allemandes. Mais les Britanniques n'iront pas plus loin pendant plusieurs semaines.
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Le canon de campagne Vickers de 6" – Un Minenwerfer allemand de 160mm
Les combats autour de Thiepval Les combats statiques vont user les belligérants. Pour les Britanniques, la suite à Thiepval se résuma à ceci: encore des tranchées à conquérir, encore des redoutes à détruire, et toujours leurs maudites mitrailleuses... Les unités amochées par plusieurs semaines de combat sont remplacées par la 49ème Division d'infanterie qui va, peu à peu, grignoter le terrain tenu par les Allemands. Bien que ces derniers sont armés de leurs mortiers de 160mm, ils ne disposent pas d'assez d'artillerie pour s'accrocher convenablement au terrain. Les artilleurs britanniques munis de leurs canons Vickers de 6" tapent mortellement les positions allemandes grâce à leurs tirs bien guidés par les avions d'observation alliés. Les petites attaques suivies de contre-attaques ne donnent que peu de résultats durant l'été 1916. Les derniers carrés allemands sont réduits le 26 Septembre par les soldats du général Maxe. De nos jours, la colline de Thiepval est dominée par son mémorial de guerre et ses quatre cimetières.

La carte du secteur de Thiepval avec la redoute des Souabes
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