Les Canadiens à Passchendaele

Passchendaele était un petit village évacué comme on en retrouvait partout dans les Flandres. Dans une série d'opérations militaires britanniques autour de cet endroit, le rôle que va jouer le Corps d'armée canadien à cet endroit sera essentiellement celui de faire diversion près de Lens. Durant cet événement connu sous le nom de troisième bataille d'Ypres, les combats vont se dérouler entre le 26 Octobre et le 10 Novembre 1917. Cette bataille va débuter dans un contexte interalié désastreux: la Russie s'est sortie de la guerre et l'implication des États-Unis ne s'est pas concrétisé par un résultat ponctuel en Europe. Les généraux alliés concluent que la guerre d'usure ne pourra être gagnée en 1917, surtout avec l'échec de Nivelle au chemin des Dames. De surcroît, on sait que Pétain mise essentiellement sur l'arrivée massive des Américains avant de lancer une offensive générale en 1918. Quant au général Haig, il propose trois assauts successifs visant à progresser vers Lille mais il y avait un os: le petit village de Passchendaele, dont l'immédiate région boueuse encore tenue par les Allemands gêne la progression de ses unités. La météo automnale n'arrange pas les choses. La pluie avait commencé à tomber de façon régulière dans les Flandres. Qui plus est, le sol troué par les obus depuis des mois s'est transformé en une mer de boue jaunatre qui rend impossible le passage des véhicules, tout en épuisant les chevaux de trait. Il y a partout des morts à moitié enterrés. En manifestant sa présence devant Passchendaele, Haig voulait faire une attaque de diversion pour soulager ses alliés français en Champagne. Les Britanniques étaient sûrs de régler cette affaire rapidement. Mais aussitôt envoyées au feu, ses unités britanniques perdent 3000 tués et 4000 blessés dans les premiers combats à Passchendale entre le 3 et le 10 Octobre, si bien qu.elles doivent être relevées par des unités australiennes. Les soldats australiens croyaient qu'il était inutile de crever pour conquérir cet orgelet purullant qui pouvait être contourné: it's hell and it's not worthed. Rien à faire. L'objectif devra être pris. Les Australiens n'ont pas réussi à tenir leurs gains: ils avaient avancé de 2500 verges devant le village, avant de se replier à cause de la ténacité du feu ennemi. Les Australiens sont relevés le 12 Octobre par les Canadiens. Les ordres sont donnés à Byng le 13 Octobre. Son subordonné Currie n'est pas plus emballé à l'idée d'envoyer ses soldats dans cet enfer boueux: this is an attempt to resuscitate a campaign that was already played out, dit-il sèchement.

_________

Préparatifs

La ligne de front qui est confiée aux Canadiens dans les Flandres s'étend de la crête de Gravenstafel dans la vallée de Stroombeek jusqu'aux hauteurs devant Passchendaele. Le flanc droit de cette ligne était constitué par la voie ferrée reliant Ypres et Roulers et qui croise la route reliant les villes d'Ypres et Zonnebeke avec le village de Passchendaele. Le flanc gauche est constitué d'une petite colline qui va vers le sud-ouest jusqu'au village de Bellevue et de la vers la crête de Gravenstafel et le hameau de Mosselmarkt (évacué) à 1000 mètres de Passchendaele. Toute cette zone saturée de trous d'obus était impossible à drainer, si bien que les Allemands préfèrent établir leurs points fortifiés dans des blockhaus en ciment (britannique importé en Hollande via la Suède...) ou dans des abris rectangulaires improvisés et boueux faits de branches, de barres de fer, de débris recouverts de canvas surnomés "pillboxes" par les Britanniques. L'état de cette ligne de front fait vomir le général Currie qui écrit dans son journal: Battlefield looks bad. No salvaging has been done and very few of the dead buried. Les Canadiens ne sont même pas certains de disposer de pièces d'artillerie en bon état et en nombre suffisant pour mener une attaque; ils maugréaient à l'idée de les traîner dans cette soupe boueuse: Of 250 "heavies" to be taken over in situ from the Australians he could find only 227, and of these 89 were out of action. Even worse was the condition of the field artillery. Of 306 18pdn on paper, less than half were in action, and many of these were "dotted about in the mud wherever they happened to get bogged... Le responsable canadien de l'artillerie, le général Morrison, désirait aligner des obusiers de 6" en première ligne, tout en gardant un petit lot de canons plus puissants à l'arrière immédiat de la ligne de front pour faire des tirs dits de contre-batterie. Il fait aménager des chemins carrossables pour véhiculer ce "heavy metal" et cela malgré la pluie constante.

_

La ligne de front autour de Passchendaele a été surbombardée...

De son côté, Currie établit de bon rapports avec les unités australiennes au repos afin d'obtenir les meilleurs renseignements sur le terrain. Grêce à ces contacts, les artilleurs canadiens avaient identifié toutes les défenses allemandes dispersées. Néanmoins, de nombreux points défensifs de petite taille ont échappé aux observateurs. La quasi-totalité de l'artillerie canadienne est déployée devant Passchendaele: 350 obusiers de 8" et de 9.2". Tout comme à Vimy, Currie va confier l'essentiel du travail à son artillerie avec des feux roulants qui vont permettre à son infanterie d'attaquer. Une poignée de tanks sont disponibles pour couvrir les fantassins. De leur côté, les Allemands disposent de trois régiments de la 11ème Division bavaroise. Chacun de ces régiments est composé de trois compagnies: une à l'avant-garde, une autre qui sert de rôle d'appui, et la dernière en réserve. Suite à la victoire canadienne à Vimy, les Allemands optent de nouveau pour une défense frontale forte avec un élément de réserve pour une contre-attaque immédiate pour stopper sur place toute avancée de l'ennemi – en fait, c'est un retour aux tactiques qui avaient échouées sur la Somme, mais qui avaient quand même causées de fortes pertes aux Britanniques. Plusieurs commandants allemands protestent contre ce retour en arrière car, selon eux, ce serait exposer les meilleures armes défensives aux premières salves de l'artillerie ennemie, et de précipiter une contre-attaque qui aura de fortes chances d'avorter. Qui plus est, le déploiement de l'infanterie dans ce no-man's land putride au vu et au su de l'ennemi serait un véritable exploit en soi. Devant ces réticences, Ludendorff opte pour une nouvelle approche qu'il appelle la "défense avancée": soit une zone à peu près libre de soldats en position défensive afin de permettre aux Canadiens d'avancer en titubant dans les cratères remplis d'eau – une zone de mort. Lorsque le pilonnage ennemi débutera, les défenseurs vont se replier afin de laisser le champ libre aux artilleurs allemands pour massacrer les soldats ennemis. A Passchendaele, le rôle défensif des mitrailleurs allemands sera encore une fois capital, par sa capacité de réussir ses feux croisés. Pour les Canadiens, cette tactique de "défense avancée" va poser un problème pour leurs artilleurs: non seulement le pilonnage initial risque d'être sans effet sur l'ennemi, mais il va défigurer d'avantage le sol déjà hachuré par les trous d'obus. En revanche, si le pilonnage canadien est minimal, l'ennemi s'en remettra à ses mitrailleurs frontaux pour cartonner l'infanterie. Currie et Morrison se concertent sur un compromis: Toute la zone ennemie sera pilonnée sporadiquement pour maintenir le niveau d'insécurité, mais certaines batteries se concentreront sur les blockaus les plus visibles et menaçants. Donc, Passchendaele ne sera pas Vimy...

_________

L'attaque du 26 Octobre

Currie confie le travail à la 3ème Division qui doit attaquer sur la plus grande partie du flanc gauche de la ligne de front. Les fantassins ont 1200 mètres à faire dans le no-man's land pour franchir la ligne de défense avancée allemande. Les Allemands avaient repéré le déplacement des unités canadiennes via les petits chemins aménagés pour traîner les canons, ainsi que par les petits sentiers sillonant entre les trous d'obus. Le 22 Octobre à 5H00, une préparation d'artillerie pilonne la zone ennemie. Le 26, un petit feu roulant de quelques minutes à 50 verges d'intervalle signale le début de l'attaque canadienne. L'infanterie s'ébranle. A 5H40, une pluie dense trempe les attaquants qui parviennent quand même à prendre quelques pillboxes le long de la route menant au village, tout comme un bataillon australien sur leur droite. De nombreux soldats allemands de défense avancée sont faits prisonniers. Lorsque le gros de l'infanterie canadienne toute trempée arrive au centre du terrain évacué par les Allemands, elle se fait acceuillir par l'artillerie ennemie. Les pertes sont si nombreuses que les soldats de la 9ème Brigade du général Lipsett se replient en oubliant leurs blessés qui vont couler sous la boue liquide. Malgré le repli, le 52ème Bataillon prend les hameaux en ruines de Bellevue et de Laameek, en nettoyant un pillbox après l'autre avec des grenades et des tirs de mitrailleuses Lewis. Le lieutenant Shankland se mérite une Croix de Victoria pour son ardeur guerrière. Deux autres soldats vont également se mériter cette décoration durant la première journée de l'attaque: le capitaine O'Kelly qui commandait le 52ème Bataillon et le soldat Holmes qui neutralisa lui-même deux nids de mitrailleuses, un pillbox, et captura 19 prisonniers. Sur le flanc droit de la ligne de front, les attaques canadiennes sont cassées par l'artillerie, et les Allemands lancent deux petites contre-attaques pour les repousser. L'artillerie allemande qui tire du hameau de Laameek paralyse les efforts combinés des Canadiens et des Australiens. De nombreux soldats tombent; d'autres sont blessés et paralysés par le choc... Dans la nuit du 27 au 28, une centaine de Bavarois attaquent les Canadiens près de la voie ferrée, mais ils sont repoussés de justesse par des volées de grenades par des soldats du 44ème Bataillon.

_

Un environnement putride et inhospitalier – Ces blessés souffrent de choc postraumatique

Malgré quelques avancées mineures, les résultats de l'attaque canadienne demeurent insatisfaisants. Le 26 Octobre, les Canadiens perdent 585 tués et 965 blessés; 8 autres faits prisonniers. Ils ont ramené 370 prisonniers et se sont installés sur un terrain légèrement plus élevé et moins boueux. Ils sont désormais en meilleure posture pour lancer une deuxième attaque, mais ils doivent attendre leurs vivres et leurs munitions. Pour éviter de s'engluer, les soldats du génie confectionnent des passerelles portatives en contreplaqué sur lesquelles il est plus facile de marcher. Dans l'arrière immédiat, l'approvisionnement se fait par des mules. Ce ravitaillement s'effectue presque toujours de nuit pour ne pas s'exposer aux tirs ennemis.

_

Des passerelles portatives en contreplaqué – Un pillbox détruit par l'artillerie

_________

L'attaque du 30 Octobre

Le 29 Octobre, Haig ordonne aux Canadiens de lancer une attaque vers la deuxième ligne de défense appelée "bleue". La percée de cette ligne repose sur la neutralisation de deux objectifs: le hameau de Meetcheele (évacué), et la ferme Crest. Ainsi, les unités canadiennes pourront faire leur jonction avec les unités britanniques et néo-zélandaises. L'attaque débute le 30 à 5H50. Le temps est clair mais venteux car la météo annonce de la pluie durant l'après-midi. Sur la droite de la ligne, les unités de la 4ème Division avec le régiment du PPCLI qui sera de tête; sur la gauche, celles de la 3ème Division. Après les tirs des canons canadiens, l'infanterie attaque et se fait marteler par les canons et les mitrailleuses ennemies. Mais les attaquants ont de l'élan et parviennent à prendre tous les blockhaus et pillboxes, en faisant détaler les défenseurs allemands. La ferme Crest est prise par les soldats du 72ème Bataillon qui, rapidement, arrivent aux abords du village de Passchendaele. Les Allemands se planquent dans les ruines et les trous d'obus et ripostent de leurs tirs. A 8H30, le général Watson de la 3ème Division rapporte que tous les points ennemis ont été dégagés entre la ligne de front et la voie ferrée. De son côté, le régiment PPCLI a maille à partir avec quelques blockhaus et pillboxes dans un espace marécageux et troué qui avait bien résisté à l'attaque du 26 Octobre. Plusieurs soldats canadiens prouvent leurs qualités de tireurs en neutralisant des mitrailleurs ennemis avec une seule balle bien placée. Le 49ème Bataillon perd beaucoup d'hommes mais parvient à prendre la ferme Furst à 600 mètres du carrefour routier de Meetcheele. D'autres blockhaus sont neutralisés par le courage de deux soldats: le lieutenant Mackenzie et le sergent Mullin. Bien que Mackenzie ait été tué de quatre balles dans le ventre durant ces combats, Mullin réussit à prendre seul un autre pillbox et se mérite la Croix de Victoria. Les progressions canadiennes sont ralenties par la pluie en fin d'après-midi, car des observateurs rapportent que les Allemands se concentrent dans le hameau de Mosselmarkt pour lancer une contre-attaque. D'autres tirs d'artillerie allemands secouent les Canadiens qui craignent de perdre le terrain qu'ils ont difficilement conquis.

_

Des Canadiens posant devant un pillbox détruit – Un lance-flammes allemand est capturé

La ferme Source résiste violemment aux fantassins canadiens et cela malgré la pluie pleine. Les soldats allemands des 464ème et 465ème Régiments bavarois veulent toujours en découdre, que ce soit par des tirs à distance ou même par de nombreux corps-à-corps. Entretemps, le général Currie, informé des progressions difficiles par voie de pigeons voyageurs, ordonne à son subordonné Lipsett de la 3ème Division de se cramponner aux acquis et de poursuivre ses attaques malgré les pertes et la difficulté de coordonner les combats. Le supérieur de Currie, le général Plumer de la 2ème Armée britannique, lui demande plutôt de ne pas épuiser ses ressources et de se donner quelques heures avant d'attaquer le village de Passchendaele. Durant ces nombreuses mêlées tout aussi confuses que boueuses, le major Pearkes de la 3ème Division apprend qu'il sera récipiendaire de la Croix de Victoria pour son courage et sa galanterie au feu. L'attaque du 30 Octobre a été coûteuse pour les Canadiens: 884 tués, 1429 blessés (incluant une centaine de gazés ainsi que de nombreux soldats brûlés au lance-flammes), mais seulement 8 Allemands faits prisonniers. La défense avancée allemande étonne les généraux Plumer et Currie, et elle impose aux Canadiens de rameuter la plupart des unités de leurs divisions pour capturer un gros village en ruines et ses alentours. Le 2 Novembre, le gros des 1ère et 2ème Division quitte leurs cantonnements à Cassel et sont amenées par voie ferrée jusqu'à la gare de Ypres, d'où ils empruntent les petites routes préparées par les artilleurs canadiens jus'à l'arrière de la ligne de front. Avec ces nouveaux effectifs, le plan de Currie sera simple: attaquer Passchendaele par une attaque en deux étapes, et rouler les défenseurs allemands de ses alentours en occupant ce qui reste de l'est de la crête. Ainsi, la prise des hameaux de Mosselmarkt et de Goudberg au nord-ouest devient impérative. Étonnant quand même pour une zone de combat qui ne totalise pas deux milles carrés... Les Allemands, eux, ne chôment pas non plus. Ils relèvent les régiments de défense avancée malmenés par les Canadiens par l'arrivée de la 11ème Division près de Mosselmarkt. Cette unité comprend, entre autres, quatre bataillons spécialisés pour mener des contre-attaques.

_

Tranchées allemandes pilonnées et capturées – Une petite contre-attaque est repoussée sous la pluie

_________

Prise de Passchendaele

Le 6 Novembre à 6H00, l'attaque finale débute par un barrage d'artillerie très puissant. L'absence de pluie permet aux fantassins de progresser rapidement vers leurs objectifs, si bien que les Allemands n'ont pas eu le temps d'ajuster les tirs de leurs mitrailleuses. L'infanterie canadienne suivait si près le barrage roulant qu'elle se jette sans difficultés dans les tranchées qui ceinturent le village. Encore une fois, les corps-à-corps sont nombreux. Alors que les éléments de la 2ème Division prennent rapidement Passchendaele en fin d'avant-midi, son 28ème Bataillon pateauge jusqu'aux genoux dans la petite vallée de Ravebeek et subit des pertes provenant de feux croisés. Les Allemands qui défendent Mosselmarkt sont surpris de voir les Canadiens débouler si vite sur eux qu'un blockhaus se rend sans même tirer un seul coup de feu: 50 prisonniers dont 4 officiers. Mais les Canadiens perdent de nombreux soldats dans des tirs croisés venant de positions bien camouflées dans la terre boueuse, mais le hameau de Mosselmarkt est pris. Les Allemands ne feront que deux contre-attaques durant cette seule journée: elles avortent rapidement mais accroissent les pertes dans les deux camps. Le général Haig, patron de la BEF, et son subordonné Plumer de la 2ème Armée sont très satisfaits de la prise de Passchendaele et de la performance des Canadiens. L'attaque du 6 Novembre leur a coûté 734 tués et 2238 blessés. Le lendemain, les Canadiens ramènent 464 prisonniers vers l'arrière du front. Le général Byng est tout aussi heureux: it is one by which for the second time within the year Canadian troops achieved a record of uninterrupted success, écrit-il dans son journal.

_

Les tanks n'ont pas été utiles – Le sol est jonché de morts et de blessés à évacuer

Le 7 Novembre, le général Currie donne l'ordre d'occuper le reste du terrain par une nouvelle attaque qui sera lancée le 10 Novembre. Le mopping s'est déroulé en pleine pluie sans trop d'interférence de la part des Allemands, dont certaines unités avaient le moral chancellant. Néanmoins, les progrès canadiens permettent à la 1ère Division britannique de revenir en ligne mais celle-ci est forcée de se replier à cause d'une contre-attaque ennemie. La situation sur le terrain sera raccomodée par l'action d'un seul bataillon canadien qui neutralise une positions défensive allemande appelée Venture Farm. La ligne de front anglo-canadienne devenait trop étroite pour être tenue sécuritairement, si bien qu'elle subit les tirs de contre-batteries allemandes. Les Britanniques espèrent que les Canadiens tiendront le coup, tel que le consigne un journaliste australien: Almost as bad as Pozières... The night is simply vile-and the day too. If the Canadians can hold on they are wonderful troops, consigne-t-il dans son carnet. En fait, les tirs de contre-batterie sont si meurtriers qu'ils tuent plusieurs prisonniers allemands en route vers l'arrière du front. Le comportement des Allemands faits prisonniers et leur moral laissent suggérer que, pour ces unités de relève, Passchendaele n'était pas considéré comme ayant une importance vitale pour leur effort défensif. Le 10 Novembre à l'aube, les 7ème et 8ème Bataillon s'ébranlent sous la pluie de Mosselmarkt et progressent de 500 mètres en direction de la côte 52. Vers 8H00, ils sont canardés par des feux croisés de mitrailleuses et de petits canons de 77mm. Les deux unités perdent beaucoup d'hommes. Peu à pen, les Canadiens parviennent à prendre cette-dite côte, qui sera pour eux le dernier objectif de la bataille. C'est ainsi que cette troisième bataille d'Ypres prend fin, et les Canadiens n'étaient qu'à un mille du hameau de Westroosebeke, toujours occupé par les Allemands. L'étendue globale de la ligne de front amène le général Haig à cesser toutes les attaques sur le front occidental, d'autant plus que l'hiver approche et que les unités alliées sont épuisées: any further offensive on the Flanders front must be at once discontinued, though it is important to keep this fact secret as long as possible, écrit-il dans son journal. Le 14 Novembre, le Corps d'armée canadien est retiré vers l'arrière du front et relevé par des unités de la 2ème Armée britannique. Le général Currie devient le commandant de la ligne de front entre Vimy et Lens. Cette bataille aura finalement côuté aux Canadiens 4028 tués et 15654 blessés. Le quart de ces blessés mourront de leurs blessures après quelques semaines d'hospitalisation.

Quoi dire de cette contribution canadienne à Passchendaele? Malgré la prise du village et des hameaux environnants, l'offensive de Haig sur le front occidental a échouée. A Londres, Llod-George et Churchill critiquent sévèrement Haig pour avoir sacrifié inutilement autant de soldats pour un objectif jugé "hautement insignifiant" et attaqué en pleines pluies automnales. Grim, futile and bloodly, disent-ils aux Communes. Churchill a été plus vitriolique dans ses commentaires: a forlorn expenditure of valour and life without equal in futility. Il est intéressant de constater que le Haut commandement britannique n'ait pas mis de bâtons dans les roues de Haig en le dissuadant d'attaquer Passchendale dès le début de l'été 1917. Haig et ses adjoints rétorquaient que l'attaque était justifiée pour relâcher les pression allemande sur les unités françaises et qu'elle s'inscrivait dans le cadre stratégique déjà approuvé par le Haut commandement: poursuivre la guerre d'usure – seul moyen d'affaiblir l'ennemi et de le contraindre à capituler. Mais tout comme dans la Somme en 1916, user l'adversaire n'a servi qu'à produire des morts et d'engraisser les cimetières. De leur côté, les Français refusent d'endosser l'échec de l'offensive Haig car il s'agissait d'un effort uniquement britannique. Pétain a été très clair à ce sujet: l'attaque du Haig n'a pas été menée pour restaurer le moral des troupes françaises, mais d'en finir au plus vite dans de mauvaises conditions. L'idée de vaincre les Allemands avant Noel 1917 vient de s'évaporer... Rappelons-nous que Haig avait perdu 60,000 tués durant cette bataille, peu avant l'intervention des Canadiens. Qui plus est, Haig en perdra 45,000 autres durant la seule bataille de Cambrai (voir dossier 1917)...

Le cimetière de Tynecot près de Passchendaele

Mais en terme d'usure, la validité de la guerre d'usure dépend du camp qui peut se permettre des pertes sans affaiblir son potentiel combattif. L'état des unités britanniques était pitoyable. Celle des Canadiens étaient affaiblies mais elles avaient beaucoup gagnées en expérience combattive. Le général Plumer reconnaît la qualité au feu de nombreuses unités canadiennes, surtout durant cette affaire de Passchendaele. Ottawa ne dit un seul mot... Si le gouvernement Borden est resté muet sur cette désastreuse affaire, l'opinion publique canadienne éprouve un scepticisme quant à la durée de la guerre. Cette bataille aura également un effet désastreux dans l'opinion publique britannique. La controverse autour de la bataille de Passchendaele va durer durant presque tout l'entre-deux guerres. Historiens, politiciens et généraux essaient d'y trouver un sens, surtout pour justifier leurs propres analyses. Si on la replace dans une conclusion la plus objective possible, nous devons constater qu'elle s'est déroulée dans une phase intensive d'une guerre d'usure menée depuis les boucheries sur la Somme et qui a échouée durant l'automne 1917.

_____________________

© Sites JPA, 2021