l'Armistice

C'est le 11 Novembre 1918, à 05H15 qu'un armistice est signé entre les alliés de l'Entente et les Allemands à l'issue de longues et difficiles négociations. Cet armistice est, en réalité, le quatrième cessez-le-feu proclamé en Europe depuis la fin de Septembre 1918. En effet, le 28 Septembre, la Bulgarie capitule et c'en est fini des combats sur le front oriental. Un mois plus tard, le 30 Octobre, les Ottomans capitulent à Moudros. Puis, c'est au tour de l'Autriche-Hongrie de capituler à Padoue, le 3 Novembre. Seule, l'Allemagne reste désormais en guerre. Mais elle sait très bien que c'est foutu. La signature allemande va au-delà d'un simple cessez-le-feu, car elle marque également la capitulation de l'Allemagne. Le cessez-le-feu sera effectif à onze heures du matin, entraînant dans l'ensemble du pays des volées de cloches et des sonneries de clairons annonçant la fin d'une guerre qui aura laissé plus de huit millions de morts et six millions d'invalides ou de mutilés. Les généraux allemands et alliés se réunirent dans un wagon-restaurant aménagé du général Foch, dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne. Cet armistice met fin à quatre années d'une guerre sanglante qui a épuisé tous ses acteurs belligérants.

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La conjoncture

Depuis l'échec des combats allemands en Juin et Septembre 1918, le renfort des alliés américains et anglais retira à l'Allemagne tout espoir de victoire. L'esprit combattif diminue et le moral de plusieurs unités est à plat. Les officiers expriment des doutes. En outre, la révolution ouvrière de Berlin précipita le pays dans la tourmente. Durant Octobre, les Allemands et le président américain Wilson échangèrent des notes dans lesquelles ce dernier fut chargé, dans la lignée de ses quatorze points proposés en Janvier dans un discours retentissant, de prendre en main le rétablissement de la paix. Dans les faits, les Allemands préfèrent négocier bilatéralement avec les Américains plutôt que d'avoir les Français et les Britanniques dans leurs pattes. Clémenceau ne s'est pas montré impressionné par les démarches de Wilson: qu'est-ce c'est que ces 14 Points? Pour qui se prend-t'il? Dieu n'a pourtant donné que 10 commandements, grogne-t-'il. La proposition de Wilson n'était, en fait, qu'un fourre-tout de principes libéraux qui incluent – entre autres – le droit des peuples à l'autodétermination et la création imminente d'un organisme supranational pour veiller à la paix. L'Allemagne épuisée croit que l'approche wilsonnienne lui permettrait de se sortir de la guerre sous gérance américaine. Nous sommes disposés à être juste envers le peuple allemand et de traiter équitablement avec son gouvernement, tout comme avec ceux de n'importe quel autre pays. Proposer autre chose qu'une paix juste avec l'Allemagne serait déshonnorer notre propre cause, affirme Wilson au Congrès. Cependant, Wilson avise l'Allemagne qu'elle doit s'avouer vaincue et qu'elle devra démocratiser ses institutions. La France et l'Angleterre ne veulent pas entendre parler d'un nouvel ordre mondial tant que la guerre n'est pas terminée. Il était temps que la guerre se termine car les pertes alliées en morts et blessés durant leur contre-offensive – surtout celle des Britanniques – sont plus élevées durant l'été-automne 1918 qu'un an plus tôt à Passchendaele. Les attaques mobiles en terrain découvert refoulent l'ennemi mais elles ne donnent aucune protection contre les tirs bien réglés de mitrailleuses, des piqués d'avions et d'obus fusants.

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Soldats alliés près d'un tank britannique Cette fois, on se bat à découvert

Le 3 Octobre 1918, le kaiser Guillaume II nomma un nouveau chancelier: Max de Bade. Mais cela ne suffit pas à contrôler le pays, dont de nombreux marins et soldats refusèrent d'aller au combat, en particulier à Kiel. Le 7 Novembre, le commandant Paul von Hindenburg, chef de l'État-Major allemand, avait proposé à son homologue français, Foch, une rencontre. Cinq voitures traversèrent sous escorte la zone dévastée du nord de la France pour se rendre au lieu de rencontre jusque là tenu secret. Durant les trois jours, les Allemands n'eurent que peu d'occasions de véritablement négocier. Ils durent rapidement se plier aux conditions développées dans un texte qui leur fut soumis. Ce texte avait été établi en dernier lieu par Foch, au titre de commandant suprême des forces alliées, après un mois de positions divergentes de Wilson, Clemenceau,Orlando et Lloyd George.

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Le chancelier Max de Bade Manifestation de vétérans à Berlin Hindenburg à Ebert: gardez votre calme...

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Amertume

En France, la demande d'armistice fait débat. Le président de la République Raymond Poincaré et le général Pétain voudraient profiter de l'avantage militaire pour chasser les Allemands de Belgique, envahir l'Allemagne elle-même et signifier à celle-ci l'étendue de sa défaite. Mais le généralissime des troupes alliées, Foch, et le chef du gouvernement, Clemenceau, ne croient pas l'armée française capable de se battre encore longtemps car elle est au bout de son rouleau; ils souhaitent en finir au plus vite. Le général Haig, qui avait été très négligent avec la vie de ses soldats durant les opérations de la Somme en 1916, croit qu'il faut cesser les hostilités avant la reddition de l'Allemagne: the British alone might bring the enemy to his knees, but why expend more British lives and for what?, écrit-il dans son journal. Le général Mangin affirme au contraire qu'il serait imprudent de laisser détaler une armée allemande déjà en lambeaux de l'autre côté du Rhin: Non, non et non! Nous devons faire progresser nos armés jusqu'au coeur de l'Allemagne. Les Allemands n'admettent pas qu'ils sont vaincus. Ce serait une erreur fatale de stopper nos avancées et la France va le payer tôt ou tard, écrit-il. En Novembre 1918, l'hiver approche et cela signifie qu'une campagne militaire contre le territoire allemand devra attendre au printemps 1919. Aux yeux de l'État-major allié, cela pourrait permettre aux Allemands de réorganiser certaines unités encore valides. Foch croit que la France pourra obtenir ce qu'elle veut via des négociations sans qu'il soit nécessaire de batailler jusqu'à Berlin. Ses subordonnés alliés vont coucher sur papier une initiative que leurs armées ont été incapables d'accomplir sur le terrain: obtenir la reddition inconditionnelle de l'Allemagne. Foch propose de rencontrer des responsables allemands à Compiègne, situé à 45 milles au nord-est de Paris. Ce secteur boisé est traversé par un chemin de fer où une rencontre peut se dérouler.

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Pétain reçoit son bâton de maréchal du président Poincaré Hindenburg et Ludendorff

Le 8 Novembre, le maréchal Foch, assisté de Weygand et accompagné par la délégation britannique (dirigée par l’amiral Wemyss), reçoit la représentation allemande conduite par le ministre Erzberger dans un train affrété pour accueillir les plénipotentiaires. Erzberger est ébranlé par les clauses imposées par les Alliés. Après la lecture des conditions d’armistice imposées par les Alliés, on requiert du général Groener qu’il accepte tout ou rien de ces propositions. En gros, le gouvernement allemand devait capituler et faire cesser les combats dans les plus brefs délais, sous peine d'occupation militaire. N'oublions pas que Berlin est déjà en proie à l'agitation révolutionnaire. Le 9 Novembre, le prince de Bade conseilla au Kaiser l'abdication et – on le sait – l'annonce publiquement sans en informer ce dernier. Celui-ci partit en exil en Hollande. Au même moment, le maréchal Hindenburg téléphone au nouveau président, Ebert, en lui assurant son soutien à la seule condition qu'il tienne les militants bolcheviques loin de son gouvernement (clip ci-haut). Ce même jour, le chancelier d'Ebert, Scheidemann, proclame la fin de la monarchie et le début de la République allemande. Ces événements furent un élément de pression important vis-à-vis des délégués allemands réunis dans le wagon de Compiègne. Le lendemain, Ebert signe un pacte avec les dirigeants de son armée et implora son représentant à Rethondes de clore sans tarder les négociations. Le 11 Novembre, l'armistice fut signé, pour une durée de 36 jours. C'est à la suite de cet armistice que sera signé le traité de Versailles, le 28 Juin 1919.

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Matthias Erzberger Carte postale immortalisant l'armistice

La demande d'armistice étant venue des représentants civils et non militaires de l'Allemagne, ces derniers échappent à l'infâmie de la défaite. À Berlin, les représentants de la jeune République accueillent les combattants en ces termes: "Soldats qui revenez invaincus" Dans les mois qui suivent l'armistice, les généraux Ludendorff et Hindenburg attribuent avec aplomb la défaite militaire à un "coup de poignard dans le dos" de la part des politiciens et des bourgeois cosmopolites. L'expression est reprise avec ferveur par les Allemands meurtris et humiliés. Elle va faire le lit des partis ultranationalistes, dont le parti nazi.

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Les signataires

Du côté des alliés, des militaires :

  • Général Ferdinand Foch, commandant suprême des forces alliées
  • Amiral Rosslyn Wemyss, représentant britannique
  • Général Weygand, chef d'état-major de Foch

    Du côté allemand, le représentant plénipotentiaire était civil, assisté de conseillers militaires :

  • Matthias Erzberger, représentant du gouvernement allemand
  • Comte Alfred von Oberndorff, représentant le ministère des affaires étrangères allemand
  • Général Detlof von Winterfeldt, armée allemande
  • Général von Gruennel, armée allemande
  • Capitaine Ernst Vanselow, marine allemande

    Les clauses effectives

    Sur le front d'occident
    I) Cessation des hostilités, sur terre et dans les airs, six heures après la signature de l'armistice.
    II) Évacuation immédiate des pays envahis: Belgique, France, Luxembourg, ainsi que de l'Alsace-Lorraine, réglée de manière à être réalisée dans un délai de quinze jours à dater de la signature de l'armistice. [...]
    IV) Abandon par les armées allemandes du matériel de guerre en bon état. [...]
    VI) Dans tous les territoires évacués par l'ennemi, toute évacuation des habitants sera interdite; il ne sera apporté aucun dommage ou préjudice à la personne ou à la propriété des habitants. Personne ne sera poursuivi pour délit de participation à des mesures de guerre antérieures à la signature de l'armistice. Il ne sera fait aucune destruction d'aucune sorte. [...]
    VII) [...] Il sera livré aux puissances associées: 5000 machines montées et 150,000 wagons en bon état de roulement [...] et 5000 camions en bon état de marche. [...]


    Dispositions relatives aux frontières orientales de l'Allemagne.
    (XII) Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant guerre de l'Autriche-Hongrie, de la Roumanie, de la Turquie, doivent rentrer immédiatement dans les frontières de l'Allemagne telles qu'elles étaient au 1er août 1914. Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant la guerre de la Russie devront également rentrer dans les frontières de l'Allemagne définies comme ci-dessus, dès que les Alliés jugeront le moment venu, compte tenu de la situation intérieure de ces territoires. [...]

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    Le Parlement allemand apprend les clauses de l'armistice Clémenceau se fait triomphant


    Dans l'Afrique orientale.
    XVII) Évacuation de toutes les forces allemandes opérant dans l'Afrique orientale dans un délai réglé par les Alliés. [...]


    Clauses navales.
    XXII) Livraison aux Alliés et aux États-Unis de tous les sous-marins. [...]


    Durée de l'armistice.
    XXXIV) La durée de l'armistice est fixée à trente-six jours, avec faculté de prolongation

    XII) Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant guerre de l'Autriche-Hongrie, de la Roumanie, de la Turquie, doivent rentrer immédiatement dans les frontières de l'Allemagne telles qu'elles étaient au 1er août 1914.

    Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant la guerre de la Russie devront également rentrer dans les frontières de l'Allemagne définies comme ci-dessus, dès que les Alliés jugeront le moment venu, compte tenu de la situation intérieure de ces territoires.

    XIII) Mise en train immédiate de l'évacuation par les troupes allemandes et du rappel de tous les instructeurs, prisonniers et agents civils et militaires allemands se trouvant sur les territoires de la Russie (dans les limites du 1er août 1914).

    XIV) Cessation immédiate par les troupes allemandes de toutes réquisitions, saisies ou mesures coercitives en vue de se procurer des ressources à destination de l'Allemagne, en Roumanie et en Russie (dans les limites du 1er août 1914).

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    Enfin c'est fini Des soldats américains apprennent la bonne nouvelle

    (XVII) Évacuation de toutes les forces allemandes opérant dans l'Afrique Orientale dans un délai réglé par les Alliés.

    (XVIII) Rapatriement, sans réciprocité, dans le délai maximum d'un mois, dans des conditions de détail à fixer, de tous les internés civils, y compris les otages, les prévenus ou condamnés, appartenant à des puissances alliées ou associées, autres que celles énumérées à l'article III.

    (XV) Renonciation aux traités de Bucarest et de Brest-Litovsk et traités complémentaires.

    (XVI) Les Alliés auront libre accès aux territoires évacués par les Allemands, sur les frontières orientales, soit par Dantzig, soit par la Vistule, afin de pouvoir ravitailler les populations, et dans le but de maintenir l'ordre.

    Réparation des dommages

    Pendant la durée de l'armistice, il ne sera rien distrait par l'ennemi des valeurs publiques pouvant servir aux Alliés de gage pour le recouvrement des réparations de guerre.

    Restitution immédiate de l'encaisse de la banque nationale de Belgique, et, en, général, remise immédiate de tous les documents, espèces, valeurs (mobilières ou fiduciaires avec le matériel d'émission) touchant aux intérêts publics et privés dans les pays envahis.

    Restitution de l'or Russe ou Roumain pris par les Allemands ou remis à eux. Cet or sera pris en charge par les Alliés jusqu'à la signature de la paix.

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    Joffre et les délégués alliés et allemands Joffre appose sa signature

    Sur le front oriental, Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant guerre de l'Autriche-Hongrie, de la Roumanie, de la Turquie, doivent rentrer immédiatement dans les frontières de l'Allemagne telles qu'elles étaient au 1er Août 1914. Toutes les troupes allemandes qui se trouvent actuellement dans les territoires qui faisaient partie avant la guerre de la Russie devront également rentrer dans les frontières de l'Allemagne définies comme ci-dessus, dès que les Alliés jugeront le moment venu, compte tenu de la situation intérieure de ces territoires. En Afrique, les Allemands doivent évacuer leurs unités opérant dans l'Afrique orientale dans un délai réglé par les Alliés. Livraison aux Alliés et aux États-Unis de tous les sous-marins.

    Le télégramme annonçant la signature de l'armistice

    Allégresse

    La nouvelle de l'armistice a été accueillie dans l'allégresse partout en Europe et en Amérique. A Londres, la foule se rue sur Piccadily Square pour chanter et danser sa joie devant la fin de cette boucherie. Les militaires en uniforme devenaient des coqueluches instantannées à l'annonce de cette bonne nouvelle. À Paris, la foule envahit la place de l'Opéra en jubilant devant la paix retrouvée. Dans les quartiers populaires, la communication était plus rapide encore, plus brutale. Les usines et les ateliers se vidaient comme les écoles et les magasins. Les flots des ouvriers et des ouvrières montaient ainsi qu'une marée sur les grands boulevards. Cent cortèges se formaient pour se fondre. Des tambours et des trompettes sortaient en même temps que les drapeaux. Là-aussi, les soldats deviennent les héros de cette fête On embrassait ceux qui se trouvaient dans les rues, par amour de ceux qui venaient de s'arrêter. Avec cette foule, la Marseillaise s'étendit dans les rues: le jour de gloire était arrivé...

    Joie et allégresse à Paris sur la Place de l'opéra

    Aux États-Unis,la fin des hostilités est perçue comme un véritable soulagement. De grandes manifestations d'allégresse ont eu lieu dans la plupart des grandes villes américaines. Les doughboys ont été acceuillis sous les confettis à New-York, Chicago, Baltimore, Philadelphie Washington et Los Angeles.

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    Défilé de la victoire à Baltimore – C'est la fête à Londres

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